Journée internationale des populations autochtones : hommage aux femmes gardiennes du Sahel
Une date, une mémoire : le 9 août
Chaque année, le 9 août, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des populations autochtones. Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle commémore la toute première réunion du Groupe de travail des Nations Unies sur les populations autochtones, tenue à Genève en 1982. C’est en 1994, par sa résolution 49/214, que l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement institué cette journée, avant que sa célébration annuelle ne devienne systématique à partir de 1995.
L’objectif de cette journée est clair : renforcer la coopération internationale pour répondre aux défis auxquels font face les peuples autochtones dans des domaines aussi essentiels que les droits humains, l’environnement, l’éducation, la santé et le développement économique. Aujourd’hui, on estime que plus de 476 millions de personnes autochtones vivent dans environ 90 pays à travers le monde. Bien qu’elles ne représentent qu’environ 6 % de la population mondiale, elles comptent parmi les populations les plus marginalisées et les plus exposées à l’extrême pauvreté.
Les populations autochtones du Sahel : une mosaïque de peuples
Le Sahel, cette vaste bande semi-aride qui traverse l’Afrique d’ouest en est, est le foyer de plusieurs peuples autochtones, souvent nomades ou semi-nomades, dont les modes de vie sont intimement liés à la terre, au bétail et aux savoirs ancestraux. Parmi les principales ethnies concernées, on retrouve notamment :
- Les Touareg (Kel Tamasheq) — peuple nomade présent du Mali au Niger, en passant par le Burkina Faso, l’Algérie et la Libye, connu pour sa culture pastorale et son artisanat du cuir et de l’argent.
- Les Peul (Fulbe/Fulani), y compris les sous-groupes nomades comme les Woodaabé (Mbororo) — éleveurs traditionnels présents dans une quinzaine de pays sahéliens et ouest-africains.
- Les Toubou — peuple pastoral nomade du Sahara oriental, présent notamment au Tchad, au Niger et en Libye.
- Les Zaghawa — communauté pastorale des confins du Tchad et du Soudan.
- Les Bella — communauté historiquement liée aux sociétés touarègues, aujourd’hui reconnue comme un groupe à part entière au Mali et au Niger.
D’autres communautés, comme les Maures (Bidhan et Haratines) en Mauritanie ou les Berbères sahariens, sont également porteuses de traditions et de savoirs autochtones spécifiques à la région sahélo-saharienne.
Pourquoi JDWS célèbre cette journée
JDWS est engagée pour les droits des femmes et des filles au Sahel. Célébrer la Journée internationale des populations autochtones s’inscrit pleinement dans notre mission : on ne peut pas parler d’égalité et de justice sociale sans reconnaître les femmes autochtones, qui subissent souvent une double, voire une triple marginalisation — en tant que femmes, en tant que membres de communautés minorisées, et en tant qu’habitantes de zones rurales isolées, éloignées des services essentiels. Pour JDWS, cette journée est l’occasion de rendre visibles des réalités trop souvent ignorées, et de rappeler que la lutte pour les droits des femmes doit inclure toutes les femmes, sans exception de culture, d’origine ou de mode de vie.
Femmes et filles autochtones face à quatre défis majeurs
Changement climatique
Les populations autochtones du Sahel, dont l’économie repose largement sur l’élevage et l’agriculture de subsistance, sont en première ligne face au dérèglement climatique. Sécheresses répétées, raréfaction des points d’eau et dégradation des pâturages bouleversent des modes de vie ancestraux. Les femmes, souvent en charge de la collecte de l’eau et des ressources familiales, doivent parcourir des distances de plus en plus longues, au détriment de leur sécurité et de leur temps.
Insécurité
Le Sahel est confronté à une insécurité croissante liée aux conflits armés et à la présence de groupes armés non étatiques. Les communautés autochtones, souvent installées dans des zones reculées et peu protégées, sont particulièrement exposées. Les femmes et les filles y sont les premières victimes de violences basées sur le genre, de déplacements forcés et de ruptures de la scolarisation.
Marginalisation
Malgré leur contribution culturelle et économique, les peuples autochtones du Sahel restent largement sous-représentés dans les instances de décision politique et économique. Les femmes autochtones subissent un accès plus limité encore à l’éducation, aux soins de santé et à la justice, freinées à la fois par l’éloignement géographique et par des normes sociales genrées.
Résilience
Face à ces défis, les communautés autochtones — et en particulier les femmes — font preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Diversification des activités économiques, solidarité communautaire, transmission de savoirs traditionnels de gestion des ressources naturelles : autant de stratégies qui témoignent d’une résilience forgée par des générations d’adaptation à un environnement exigeant.
Le rôle central des femmes autochtones dans la transmission des savoirs
Dans les sociétés autochtones du Sahel, les femmes occupent une place fondamentale dans la préservation et la transmission des connaissances. Elles sont les gardiennes de la mémoire collective : savoirs médicinaux liés aux plantes locales, techniques artisanales, chants et récits transmis oralement, gestion domestique de l’eau et des ressources alimentaires. C’est souvent au sein du foyer, de mère à fille, que se perpétuent les langues, les pratiques culturelles et les savoir-faire essentiels à la survie et à l’identité des communautés. En ce sens, les femmes autochtones ne sont pas seulement des actrices économiques : elles sont les piliers silencieux de la continuité culturelle.
Cinq savoir-faire, cinq ethnies, transmis de génération en génération
À travers le Sahel, chaque communauté autochtone porte des pratiques transmises presque exclusivement par les femmes, de mère en fille, depuis des générations.
- Chez les Touareg, ce sont les femmes qui maîtrisent traditionnellement le tissage et le montage de la tente nomade, ainsi que le travail du cuir teint à l’indigo, symbole d’identité et de statut social.
- Chez les Peul, les femmes transmettent l’art de la décoration des calebasses et la gestion du lait, activité économique et sociale au cœur de la vie communautaire.
- Chez les Toubou, le tressage de nattes en feuilles de palmier, utilisées pour l’habitat comme pour la vie quotidienne, reste un savoir-faire féminin transmis oralement.
- Chez les Zaghawa, la poterie traditionnelle et la vannerie occupent une place importante, façonnées à la main par les femmes selon des techniques ancestrales.
- Enfin, chez les Bella, l’art du tissage de couvertures et de tentures, ainsi que les techniques de teinture naturelle, sont soigneusement conservés et enseignés aux jeunes filles dès leur plus jeune âge.
Ces gestes, en apparence modestes, constituent en réalité un patrimoine culturel vivant, dont la transmission dépend presque entièrement de la volonté des femmes de le préserver.
Sources :
- Organisation des Nations Unies (ONU), résolution 49/214 ; documentation sur les peuples autochtones du Sahel et du Sahara.
- https://www.un.org/fr/observances/indigenous-day/background
- https://ipacc.org.za/wp-content/uploads/2020/02/De%CC%81claration_dAgadez.pdf
- https://www.peuplesdumonde.voyagesaventures.com/lageographie/geographie-de-l-afrique/afrique-de-l-ouest/afrique-sah%C3%A9lienne/afrique-sah%C3%A9lo-saharien/311-habitants-du-sahel/541-peuples-du-sahel.html
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